Bonsoir à tous deux,
il faut je pense prendre bien garde à éviter tout risque de "posture" dans ce type de discussion. Bien entendu la formation à distance ou en ligne révèle une mutation profonde de l'accès à la connaissance et donc par voie de conséquence de l'enseignement. Mutation qui n'est pas ignorée évidemment au Ministère.
La posture technooptimiste et libéralisante aura tôt fait de fustiger le "conservatisme" de la profession, la crispation sur les intérêts acquis. L'arqueboutement corporatiste sur un certain confort de situaiton (pas forcément confort de travail, parlez en dans le 93 !), en arguant les gains d'échelle produits par l'introduction des technologies de diffusion et d'accès massif du savoir et de l'automatisation possible aujourd'hui bu bachotage et de l'entrainement.
Le posture "syndicale", au contraire, ira taper sur le cacul cyniquement comptable de nos hauts-fonctionnaires, la logique du moindre coût sans souci de qualité ou d'excellence.
Il y a évidemment du vrai d'un, côté, de l'autre, ... et au milieu.
La transformation de l'enseignement, c'est comme disait Daniel un constat définitif que le "professeur" n'est plus depuis quelques temps déjà le détenteur exclusif de la connaissance et du savoir. Cette éducation nationale qui a regard d'un si mauvais oeil Wikipedia, et l'a marqué de son dédain et de souvent de son mépris reconnait finalement peu à peu l'efficacité de sa démarche. Vaut-il mieux des encyclopédies poussiéreures mais absolument exactes (et encore la comparaison objective n'est pas toujours au bénéfice des éditeurs historiques !) , qu'une librairie globalement juste et très parcourue. Ce débat nous fait trop oublier que la consultation d'information a explosé par rapport à dux ans en arrière, et que le coût d'accès à cette information est aujourd'hui quasi ridicule. Ceci ne cache pas que cette masse ouverte, immédiatement atteignable et utilisable devient un gouffre, un dédale de signes et contre signes, thèses et anti-thèses qui donne le tournis à celui quu veut apprendre, et va finir par s'y perdre.
A travers la numérisation, la mise à disposition trois mutation absolument fondamentales sont en marche qui vont révolutionner la fonction d'enseignant :
- L'avénement du rôle nécessaire et indispensable du médiateur entre l'apprenant (l'élève) et la connaissance disponible. Plus on avance vers les études spécialisées, plus il devient difficile aujourd'hui de savoir si un programme est pertinent, utile ou même légitime. Lorsqu'on quitte les savoirs et compétences de base, la quantité de connaissances spécifiques devient plus importante que ce que quiconque peut enregistrer en plusieurs vies. L'enseignant sera celui qui rapproche l'apprenant de la connaissance utile et nécessaire à son projet de vie. Il permettra de tracer le chemin et d'éviter les méandres et errements.
- L'émergence de l'autre facette de l'enseignant, comme non plus celui qui sait, mais celui qui devient éditeur de ses dispositifs d'apprentissage, lesquels pour être les plus efficaces, exploite la répétabilité et l'automatisabilité que les moyens numériques permettent (on rappelle ici que les trois intérêts les plus fondamentaux de l'informatique sont : l'automatisation de processus formalisables, la répétition de processus codifiés, la massification du volume traité, comme corollaire des deux autres). Pour cela, l'évolution de l'acte de travail intégrera de plus en plus une partie jusqu'ici réservée aux éditeurs de manuels scolaires et éditeurs. Les techologies actuelles, et Moodle en grande partie, amènent l'enseignant à devenir de plus un en plus un "praticien de l'ingénierie des dispositifs d'accompagnement de l'apprentissage".
A travers ces dispositifs et ces constructions, l'enseignant qui avait une position très fortement impliquée et subjective dans la relation enseignant-enseigné va de plus en plus passer dans un rôle de "pilote". C'est la troisème révolution du métier. Dans cette révolution, l'enseignant qui jusqu'ici était englué dans un combat tactique sans cesse renouvellé contre l'inatention, l'échec, l'indiscipline, le désintérêt, l'aggressivité, les différences de situaiton sociales, économiques, affectives, trouvera dans ces nouvelles pratiques un point d'action plus en recul, une "méta-position" qui lui donnera une plus grande possibilité de se concentrer sur les points sensibles. Faire faire 10 exercices à toute la classe, y compris aux 25% qui ont très rapidement compris ou avaient déjà anticipé le sujet, et suivre l'ensemble peut évidemment trouver une optimisation importante si le parcours de chacun peut être plus facilement "supervisé", laissant plus de temps pour se concentrer sur la tranche qui en a le plus besoin.
Tout ça pour vous remercier tous les deux de donner l'ouverture à cette réflexion sur l'évolution du nombre d'enseignants et l'intervention de la FOAD dans l'équation.
La tendance bien entendu ne sera pas au retour à la croissance des effectifs, et il ne faudra probablement pas attendre d'une éventuelle victoire de la gauche en 2012 un changement radical de direction. Les pays occidentaux ont vécu largement au dessus de leurs moyens. L'émergence des nouvelles économies va nous le mettre sous le nez très vite, et l'addition que nous pensions pouvoir reporter sine die en l'absence de contradicteurs risque denous être bientôt présentée.
Dans le calcul du Ministère concernant Pairformance, une économie rationelle sur le coût de formation est effectivement attendue pour pallier :
- au coût exhorbitant des stages présenciels
- au problème de remplacement de moins en moins fournis pendant ces formations
- au coût que ferait porter sur la formation dans l'EN l'éditorialisation des contenus de fomation continue effectuée par des sociétés d'édition privées, une fois de plus exhorbitant.
Je n'iraitpas jusqu'à dire que l'instauration de ces programmes au contraire, préserverait un budget de traitements des enseignants, mais développer ou même maintenir une formation continue et permanente massive dans l'EN amputerait probablement une somme non négligeable.
Bien à vous deux
Valery Fremaux